LES THAÏS MUSULMANS DE PHUKET

De tout temps, Phuket a commercé avec les marchands malais, venant en particulier de Kedah. Selon le capitaine Thomas Forrest, écrivant vers la fin du 18e siècle, les habitants de Phuket parlaient en général le malais de par « leur commerce avec ce peuple ». Les musulmans installés sur les côtes à Krabi et à Trang ont gardé le contact avec leurs familles à Kedah, Langkawi ou Penang en Malaisie. Les générations précédentes parlaient le malais, mais c’est de moins en moins le cas aujourd’hui. À peu près tous les musulmans de Phuket de 50 ou 60 ans parlent le thaï comme première langue. Ce qui contraste avec le « sud profond » dans les provinces de Pattani, Yala ou Narathiwat où la langue principale est un dialecte local appelé « Jawi » (similaire au Kelantanais). Qui sont les Thaïs musulmans de Phuket aujourd’hui ? Leur pièce d’identité les répertorie comme de « nationalité thaïe, religion islam », comme tous les Thaïlandais musulmans du Sud. Les Thaïs bouddhistes les appellent « Is-salam ». En Thaïlande, tous les musulmans sont étiquetés comme des « Thaïs musulmans », quelle que soit leur ethnie d’origine. Tout comme les noms musulmans, ils ont des noms thaïs sanskrits utilisés pour toute activité publique. Si le fait de parler la langue malaise est un marqueur ethnique, alors ces gens ne peuvent être considérés comme malais, tout comme ils ne se considèrent pas non plus malais pour la plupart.

Les commerçants thaïs musulmans en ville incluent des ressortissants d’origine arabe, afghane, pakistanaise, indienne ou chinoise ou encore des commerçants malais venant d’autres provinces du sud de la Thaïlande. Les côtiers, venant par exemple de Langkawi, ont des origines bien différentes et sont certainement arrivés à Phuket par mer comme des émigrants pauvres. Si l’on se fie à certains recensements du 19e siècle, la plupart des Thaïs musulmans se sont installés à Phuket uniquement depuis le 19e siècle, même si la plupart d’entre eux venaient des côtes voisines.

Dans son article, « La politique de l’oubli : migration, parenté et mémoire dans la périphérie de l’état du Sud-est asiatique », Janet Carsten dépeint les habitants d’un village de pêcheurs de Langkawi comme engagés dans un déni collectif de la création d’une identité partagée ». Il est très possible que les Thaïs musulmans des côtes de Phuket puissent être également caractérisés ainsi. À l’heure de la mondialisation, les Thaïs musulmans font l’expérience du renouveau de l’islam. On y dénombre par exemple 50 mosquées, la plus grande école est la « Muslim Wittaya School » située à Thepkasattri Road et accueille 1300 élèves de la maternelle au lycée. Beaucoup d’étudiants finissent leurs études islamiques à Pattani, Yala ou Narathiwat.

LES VILLAGES MUSULMANS CÔTIERS TOURNENT VERS LE TOURISME

Les Thaïs musulmans se trouvent partout à Phuket, mais il n’y a qu’à Bang Tao et à Kamala, sur la côte ouest de Phuket et au nord de la touristique ville de Patong, qu’ils forment la majorité de la population.

Les Thaïs musulmans apparaissent rarement dans l’abondante littérature touristique concernant Phuket, sinon en tant que pêcheurs propriétaires de longues embarcations. Ils occupent aussi traditionnellement les postes de jardiniers de verger ou de récolteurs de caoutchouc.

Au cours du boom touristique des années 1980, beaucoup de musulmans à Phuket ont vendu leurs terrains aux promoteurs immobiliers, tout comme les Malais de Langkawi dix ans plus tard. Il est difficile aujourd’hui de croire qu’ils possédaient jusqu’à 60% des terres à Bang Tao, Kamala et Patong, qui sont aujourd’hui des plages touristiques de première importance.

Aujourd’hui, Kamala est considérée, avec une population de 6000 habitants, comme un sous-district thaï musulman. On estime ainsi que 80% des résidents sont musulmans, les autres étant bouddhistes. 75% des habitants travaillent dans l’industrie du tourisme.

Les habitants de Kamala se sont jetés dans le grand bain du tourisme lorsqu’un centre de loisirs appelé « FantaSea », coûtant 3,3 milliards de bahts, a ouvert ses portes en 1998. Filiale d’un parc « Safari World » de Bangkok, « FantaSea » a pu voir le jour grâce à un partenariat d’entreprises avec le propriétaire qui a engagé les 350 rais (56 hectares) de son terrain. Il emploie plus de 1000 personnes, incluant des habitants de Kamala, et divertit des milliers de visiteurs chaque soir. Grâce à la présence de « FantaSea », Kamala se destine ainsi entièrement au tourisme de masse. L’administration du district de Kathu a déjà désigné une zone de divertissement à Kamala, privilégiant des commerces tels que les bars, discothèques et autres karaokés. (PG June 5, 2001)

Said Wissanu Doomlak, un homme politique Thaï musulman de Kathu : « Beaucoup de gens vendent leurs terrains aux étrangers. Dans dix ans, la plage de Kamala ressemblera à celle de Patong. Les habitants en seront chassés pour s’installer sur les collines et seul le cimetière de la plage témoignera encore d’une présence des musulmans à cet endroit. »

Lors du tsunami de 2004, la plage de Kamala et celle de Patong sont celles où la plupart des 279 victimes ont été tuées sur la côte de Phuket.

Tandis que les établissements de Patong tenus par des étrangers sont recapitalisés aujourd’hui, les propriétaires de Kamala et ceux des petits chalets pour touristes n’ont plus aucune trésorerie pour réhabiliter leurs lieux.

En juillet 2005, Kamala a pu accueillir à nouveau des touristes sur ses plages en lançant un festival de gastronomie musulmane et a mis en avant la légende de Mahsuri comme attraction artistique.

C’est l’histoire qui a rendu Kamala célèbre lorsque plusieurs années auparavant, une famille locale fut identifiée comme les descendants de cette héroïne malaise légendaire.