L'ÈRE DU DEVELOPPEMENT ET DU TOURISME

Le premier hôtel moderne dans Phuket a été construit dans les années 60. Le tourisme de plage de l’autre côté de Phuket s’est développé vers 1970 avec l’arrivée des voyageurs occidentaux. Le développement du tourisme a coïncidé avec le déclin de la mine en 1972. Les mineurs connurent une dernière embellie avec la vente du tantalum, un dérivé de l’étain utilisé dans l’électronique, avant que l’industrie ne périclite complètement au milieu des années 80.
À partir de là, l’économie de Phuket s’est entièrement tournée vers le tourisme. Connue sous le nom de « perle de la mer Andaman », Phuket est aujourd’hui une des premières destinations touristiques. Le tourisme amena dans un même élan, la culture occidentale, le crédit, les infrastructures et la technologie modernes dans une ville de province. Le commerce du tourisme, l’arrivée d’une communauté d’expatriés et l’augmentation sensible de la population ont achevé de stimuler un boom de la consommation et de l’immobilier qui implique également le développement d’une industrie locale des médias et de la publicité. Ce sont tous des facteurs majeurs d’un changement profond de la société locale.

Après le désastre de la crise financière de 1997, des milliers de gens quittèrent Bangkok pour Phuket aussi bien pour trouver du travail que pour fuir les dettes. Au même moment, la Thaïlande ouvrit son économie aux investisseurs étrangers. Ces dernières années, des acteurs géants de l’économie comme Central, Tesco, Lotus ou Makro ont installé des grands magasins au centre de Phuket, écartant peu à peu le petit commerce local.

Quelques-unes des familles du commerce et de l’industrie minière se sont diversifiées et ont prospéré. S’appuyant sur le tourisme et le boom immobilier, certaines familles ont converti leurs terrains miniers en habitations ou complexes touristiques ou en centres commerciaux. Aujourd’hui, Phuket est l’un des marchés immobiliers le plus importants en Asie. Une proportion importante de ces constructions sont des « villas luxueuses avec piscine privée », ciblant une clientèle étrangère aisée. La population locale tire des bénéfices de cette situation, mais ressent également le décalage créé. « Un jour », dit-on, « Phuket appartiendra aux farang ».

Ce jeu du développement immobilier aiguise aujourd’hui les appétits des investisseurs occidentaux (mariés à des thaïes), des Chinois de Bangkok et des capitalistes Baba de Phuket. Un phénomène intéressant se dessine alors : certains Thaïs chinois utilisent l’architecture sino-portugaise pour différencier leurs produits des autres dans un marché destiné à séduire d’abord les Thaïs plutôt que les étrangers. Alors que cette tendance semble avoir été initiée par les Thaïs chinois de Bangkok, l’idée a séduit les promoteurs de Phuket. Cette résurgence du « style sino-portugais » peut être vue comme une façon pour les Chinois de Phuket de porter leur identité Baba au cœur de l’économie contemporaine tout en tenant la compétition avec les étrangers dans la recolonisation de Phuket.

En 2004, on pouvait décrire l’économie touristique de Phuket comme « surdéveloppée » avec plus de 500 hôtels offrant un total de 30000 chambres accueillant chaque année près de 3 millions de touristes. La manne financière du tourisme est sensée avoir des retombées sur les milliers de commerçants et transporteurs locaux. Le tourisme à Phuket a connu son apogée juste avant le tsunami de décembre 2004 et le ralentissement qui a suivi a laissé beaucoup de commerces exsangues.

La prospérité de Phuket n’est pas advenue sans avoir payé un certain prix. Khun Tira Kienpotiramard, qui fonda la première agence de voyages à Phuket en 1970, dit avoir ouvert la porte au tourisme, « mais n’a pas pu contrôler son développement. » Il se plaint d’une dégradation de la sécurité à Phuket, précisément dans les faubourgs de la ville, due aux nombreux étrangers, en particulier les émigrants thaïs non recensés et les ouvriers birmans clandestins. Il regrette en outre « la dégradation significative » par le développement touristique de l’environnement de Phuket.

Au milieu des bouleversements de la société et du paysage culturel, les champions de l’identité Baba ont revendiqué leur territoire dans le centre historique de Phuket.

CONSERVER LA VIEILLE VILLE

Dans le passé, l’étude de l’architecture thaïe s’attachait à l’essence de l’habitat thaï plutôt que de relever les différences de style en Thaïlande. Le paysage urbain de Phuket a été largement ignoré dans les représentations de « l’architecture thaïe ». C’est seulement depuis une vingtaine d’années, avec la reconnaissance par l’association des architectes siamois et du Conseil culturel national, que de plus en plus de Thaïs ont compris et appris à apprécier le paysage urbain de Phuket.

C’est non sans une certaine ironie que l’on voit que la popularité de l’architecture urbaine de Phuket prend son origine dans le terme inapproprié, à l’origine employé par les architectes, de « sino-portugais » pour désigner l’architecture de Phuket, alors qu’elle doit beaucoup plus à la transposition d’un modèle de construction venant directement des Établissements des Détroits Britanniques. On pense que cette attribution vient de l’architecte Sumet Jumsai inspiré par Macau, dont sa femme était originaire. Ce terme ne manque pas d’un certain charme malgré la fausse piste qu’il induit. Après tout, les Portugais ont introduit les premiers le style culturel européen en même temps que l’habitat en terracotta et la fabrication des tuiles dans le Sud-est asiatique.
Le colonialisme portugais représente moins une menace aujourd’hui, étant plus lointain historiquement parlant que le français, le britannique ou le hollandais. L’élément chinois dans le style « sino-portugais » est plus aisé à saisir que renommé « Luso-chinois », par exemple. Les Établissements des Détroits Britanniques
est un concept abstrait en thaï ou en chinois. Tout le monde en reste donc au « sino-portugais ».

Les agences de développement, l’académie et la municipalité de Phuket ont collaboré depuis les vingt dernières années pour redonner son lustre passé à la vieille ville. Un élan vital a été donné grâce au travail effectué par le Dr Yongthanit Pimonsathean, un jeune professeur de KIMTL entre 1997 et 2002.
La vieille ville a été déclarée « zone de conservation de l’héritage culturel » par l’Office de politique environnementale et le Conseil national de l’environnement. Dans le Plan de développement municipal de 2004, la zone de conservation recouvrait 19 rais (environ 0,5 kilomètre carré) dans le centre-ville.

Le cœur du Phuket historique consiste en huit rues de boutiques construites entre la fin du 19e siècle et la moitié du 20e. Thalang Road, la rue principale aux 141 boutiques se prolonge sur son axe avec Krabi Road. Les villas sont très proche, aujourd’hui intégrées dans l’expansion urbaine alors qu’elles étaient à l’origine dans les environs de la ville. Deux temples anciens, Wat Kachon (Kajorn) et Wat Puttamonkon
(Kallang), avec leurs écoles attenantes, sont situés respectivement au sud et au nord de la ville ancienne.

Après quelques bonnes rénovations qui ont été réalisées conjointement, l’esprit de coopération entre les propriétaires des maisons et la municipalité s’est cimenté autour de l’organisation de l’« Old Phuket Town Festival » qui a eu lieu pour la première fois en décembre 1998.

Le hall de l’école Thai Hua, lieu d’échange principal pour les forums communautaires, accueillit également une exposition sur la culture et l’art de vivre Baba. Ayant lieu maintenant tous les ans, l’« Old Phuket Town Festival » met en valeur l’héritage unique des Babas de Phuket dans la vieille ville en promouvant son architecture « sino-portugaise », la gastronomie, les arts visuels, les costumes et les coutumes. Au cours de ce festival de trois jours, Thalang Road est fermée à la circulation pour permettre l’installation d’un bazar nocturne et une procession attirant des milliers d’habitants et de touristes. L’« Old Phuket Foundation (OPF) », fondation pour la défense du Phuket ancien, a été fondée en 2003 pour être le fer de lance des initiatives de conservation conjointement soutenues par le gouvernement, le secteur des affaires et la communauté.

LE MOUVEMENT DE LA VIEILLE VILLE

Phuket Old TownLe charme indéniable du vieux Phuket a créé un sens extraordinaire d’appartenance pour ceux qui y ont grandi. Les meilleures écoles étaient situées autour de la ville. Seng Ho, la plus ancienne librairie de Thaïlande ouvrit dans Thalang Road en 1925. De nombreux descendants des mineurs et des commerçants qui ont grandi dans le secteur formé par Thalang Road et Krabi Road occupent aujourd’hui des positions d’influence dans la communauté.

L’hôtel de ville, le « Old Phuket Festival », l’« Old Phuket Foundation » et le projet du « Thaï Hua School Museum » sont des éléments du mouvement collectif qui aspire à retrouver la gloire de la ville ancienne. Collectivement, ils représentent un phénomène que l’on peut appeler « le mouvement de la vieille ville ».

Plusieurs calendriers se chevauchent dans le fonctionnement de ce mouvement. Comme cité précédemment, tout a commencé avec le mouvement pour la conservation urbaine et de l’héritage architectural « sino-portugais ». Cette mission est assignée à la mairie et à l’« Old Phuket Foundation ».

Le deuxième calendrier concerne le mouvement de l’identité, de la culture et de la langue chinoise. Les principaux protagonistes en sont les anciens élèves de la « Thaï Hua School » parlant le Mandarin. À l’image de leurs congénères à travers l’Asie du Sud-est, de plus en plus de Chinois parlant thaï envoient leurs enfants à l’école chinoise. Les adultes apprennent également le chinois via des cours privés. Les anciens élèves visent à long terme à transformer la « Thai Hua School » en un musée de l’héritage sino-thaï de Phuket.

Le troisième calendrier est celui de l’identité Baba et de sa culture, mises en avant par ceux issus d’anciennes familles indigénisées, pouvant encore parler hokkien ou anglais, mais pas le mandarin. Les Babas privilégient leur dialecte de Phuket et le hokkien vernaculaire. Le « Old Phuket Festival » est un exemple flagrant de cette différenciation et du caractère indigène de leur identité. « Regardez nos coutumes, nos habits ou nos desserts, vous ne les retrouverez pas en Chine ». Certaines coutumes sont chinoises, d’autres ont des similarités avec les Babas de Penang, mais toutes les autres sont spécifiques à Phuket, résultat d’une fusion entre le hokkien de Phuket et le sud de la Thaïlande. La vieille ville est le symbole du cœur de l’identité Baba de Phuket, le lieu même où la culture et l’art de vivre Baba se sont développés.

Adjarn Pranee Sakulpipatana, professeur assistant à la « Phuket Rajabhat University » et qui aida à la construction du Centre culturel de Phuket, est un élément moteur de la revitalisation de Phuket. Elle se rendit pour la première fois en 2001 à Penang pour y effectuer des recherches sur l’histoire de Khaw Sim Bee. Depuis lors, elle a organisé les délégations de Phuket vers les conventions annuelles Baba qui se tiennent à Singapour, Malacca ou Penang en alternance. Elle effectue également des missions de lobbying auprès du gouvernement national pour aider le processus de reconnaissance du lobby Baba de Phuket en tant que minorité culturelle thaï.

Si à l’origine les activistes culturels se demandaient de quelle manière la culture baba et chinoise serait accueillie dans la société, leurs doutes sont aujourd’hui dissipés en regardant la popularité du festival parmi les Chinois thaïs, les Thaïs ethniques et les touristes. Le climat actuel de libéralisation culturelle sous le gouvernement Thaksin en ce qui concerne au moins les Chinois thaïs, a encouragé les organisateurs à déplacer le septième « Old Phuket Town Festival » afin qu’il coïncide avec le Nouvel An chinois en février 2005, comportant des attractions spéciales comme des spécialités culinaires du Nouvel An, une danse du dragon et un opéra chinois.

La vieille ville n’est plus aujourd’hui le centre commercial de Phuket, bien que les gens viennent encore dans Thalang Road pour les boutiques de textiles, de draps, de bijoux, les restaurants et les services médicaux.
« Nous devons maintenir la communauté vivante, sinon ils vendront un jour leur maison et s’en iront », remarque Dr Prasit, un ancien exécutif du gouvernement provincial de Phuket qui a grandi dans Krabi Road.
Il confirme son sentiment que la revitalisation économique est nécessaire pour soutenir la vieille ville. Un projet comme « la rue piétonnière » est un moyen d’espérer que cette zone va enfin bénéficier directement de l’industrie du tourisme. « Si nous ne commençons pas quelque chose dès maintenant, nous allons peut-être manquer une opportunité historique. »

Grâce aux fonds post-tsunami injectés pour relancer l’économie de Phuket, le « Phuket Cultural Street
Revitalisation Festival » a été le plus grand festival de rue jamais organisé sur place. Se tenant chaque week-end entre le 23 septembre et le 6 novembre 2005, il a été organisé par l’Office national de la culture avec la coopération de l’Organisation administrative de la province de Phuket, l’Université Rajabhat de Phuket, la municipalité de Phuket, l’Association Hokkien de Phuket et la Fondation pour la vieille ville de Phuket.

Des spectacles culturels se tenaient simultanément à différents endroits, particulièrement le long de Thalang Road et Krabi Road. Certaines maisons privées étaient ouvertes au public. Le festival mettait en avant la culture Baba, mais présentait également les gitans des mers (« Orang Laut ») et des artistes locaux et internationaux. D’autres événements incluaient un séminaire Baba avec trois intervenants malais et un mariage Baba géant avec 48 couples participants.

Le festival coïncida avec des célébrations religieuses de neuf jours, le Festival végétarien présentant une procession des « Neufs Dieux Empereurs » offrant un impressionnant spectacle aux visiteurs.

Le secrétaire général adjoint, ministre de la Culture et de la commission culturelle nationale, Khun Somchai Seanglai, supervisa l’événement. Lui-même Chinois descendant des Trang, il partageait l’avis selon lequel « la culture locale étant vitale pour le tourisme, la culture Baba est une valeur ajoutée pour Phuket. »

LE TOURISME CULTUREL

Phuket s’est développée en tant que centre touristique autour de 1970, partiellement parce qu’elle possédait déjà une économie urbaine, une main-d’œuvre qualifiée, des infrastructures de transport et des sociétés de services pour assister les hôtels cinq étoiles. L’île acquit une image de paradis éloigné de la civilisation, alors qu’en fait une ville majeure se trouvait juste en face de ses côtes. Les habitants furent identifiés dans l’imagerie touristique comme « souriants et amicaux ».

La plupart des touristes étrangers qui viennent à Phuket, s’installent dans les hôtels de type occidental, se délectent de fruits de mer et de cuisine occidentale. Les plus curieux vont dans des lieux plus « thaïs » et goûtent la cuisine locale. Ils ne font naturellement aucune objection au caractère thaï de Phuket, ne réalisant aucunement que la gastronomie locale, la culture et l’architecture locales sont très éloignées de leur équivalent thaï.
Cette illusion se maintient aussi parce que la plupart du personnel des hôtels de plage (directeurs, chefs, serveuses et masseuses) viennent en majorité de Bangkok ou d’Isan. Même les expatriés installés depuis plusieurs années à Phuket concentrent leur vie quotidienne autour des écoles internationales, des centres commerciaux et des restaurants et, de fait, élargissent rarement leur horizon en s’aventurant dans la ville de Phuket.

Les Thaïs qui travaillent dans les hôtels de plage de Phuket appellent la vieille ville, « la ville chinoise », impliquant qu’elle est remplie d’immigrants faisant allégeance à l’étranger. Mais pour les Babas de Phuket, qui se considèrent comme des locaux, ce sont les Thaïs du Nord qui sont les nouveaux, venus pour faire de l’argent et le renvoyer à Bangkok ou dans leurs villages du nord.

« Phuket est un comme un tigre, » dit un jeune comptable, « nous voyons venir les chiens affamés chercher de l’or à Phuket. Mais nous gardons notre calme. Bien que nous puissions acheter tout ce que l’on veut ici, je ne me sens plus à l’aise, c’est devenu comme Bangkok. Cela doit changer. »

Au fur et à mesure que les gens du Nord viennent s’installer à Phuket, la perception qu’ils en ont est de plus en plus généralisée. Les Babas de Phuket voient leur identité de plus en plus fragilisée, dans la mesure où Phuket se redéfinit par les autres. Ils doivent faire face quotidiennement à la vision archétypale et superficielle de Phuket induite par le tourisme de masse.

Plus récemment, un nouvel intérêt dans les cultures locales a facilité le changement de paradigme dans la façon d’appréhender les Thaïs du sud, partant d’une image négative d’un peuple sans culture, c’est-à-dire sans culture « thaïe », pour évoluer vers une image positive d’un peuple à la culture locale qui gagne à être « découverte ».
Il est intéressant de noter que cet élan pour le tourisme culturel à Phuket n’est pas venu du commerce touristique ou de la population expatriée, mais bien de la population locale de Phuket. Les Babas de Phuket instruits qui ont voyagé à l’étranger ont commencé à apprécier de nouveau leur propre culture et ont nourri le projet de la promouvoir à travers le marché du tourisme balisé.

Feu Khun Pracha Tandavanitj, gardien de la « Pithak Chinpraca House », est un pionnier du tourisme culturel. Il a commencé à ouvrir sa maison au public en 1980, et ce, quotidiennement jusqu’à il y a 10 ans. Il dit qu’il en a eu l’idée après avoir visité des demeures historiques en Grande-Bretagne. « La culture de Phuket est unique », pense-t-il, « si Chiangmai attire autant de touristes, pourquoi pas Phuket ? »

En contraste avec les représentations standard de Phuket par l’industrie du tourisme, les Babas de Phuket veulent promouvoir Thalang Road comme le cœur du « vrai Phuket », c’est-à-dire la culture Baba des anciennes mines d’étain, bien que la définition puisse être plus socialement inclusive au besoin.

Pour eux, le tourisme culturel ne consiste pas seulement à appliquer comme stratégie économique le soutien de la renaissance culturelle, mais aussi à replacer l’identité Baba et l’exposer à un plus large public, incluant les jeunes Babas de Phuket, les touristes étrangers, les expatriés et tous les Thaïs et ceux qui ont une certaine influence de Bangkok.

CONCLUSIONS

En regard de l’axe principal de beaucoup d’études autour des relations entre les Thaïs chinois et les Thaïs musulmans, la société de Phuket est atypique. Les Baba Hokkien sont une minorité parmi les Chinois Thaïs Teochew, alors que les musulmans parlant thaï restent marginaux parmi ceux parlant malais qui sont, eux, les interprètes principaux de la religion. Les deux groupes se sentent plus solidaires avec les Thaïs du sud de la Thaïlande qu’avec Bangkok, et ceci se reflète dans la tendance des gens du sud à voter démocrate plutôt que « Rak Thaï », qu’ils soient musulmans ou bouddhistes.

L’identité n’est pas seulement une affaire culturelle, mais aussi politique dans la mesure où elle traduit l’identité d’un groupe, son appartenance, ses biens, titres, territoires et légitimité. Avec pour objectif de survivre à l’hégémonie culturelle de l’État-nation, les Thaïs chinois et les Thaïs malais musulmans ont exercé avec résilience leur identité culturelle à l’intérieur d’un espace politique balisé qui s’élargit ou se rétrécit selon les politiques appliquées. Dans le cas de Phuket, les limites du discours social sont de plus en plus mises à mal afin d’accommoder le tourisme. De fait, les nouveaux champions de la culture et de l’ethnicité profitent de l’avantage de l’espace libéralisé afin d’articuler leurs identités au nom de la diversité culturelle.

Dans ses derniers développements, la crise a produit de nouvelles opportunités. À l’âge du tourisme culturel, les Thaïs musulmans et les Babas de Phuket sont devenus des acteurs de premier plan dans la renaissance économique de Phuket. En outre, le conflit dans le sud du pays a renforcé la position des musulmans de Phuket en tant qu’Alliés du gouvernement démocrate.

Les habitants de Phuket, qui ont participé les trente dernières années au business de la refonte de l’image de Phuket pour les « farang » (les Occidentaux), veulent aujourd’hui redéfinir Phuket à l’image de ce qu’elle leur inspire directement. Dans la mesure où la plupart des touristes viennent pour les plages et la vie nocturne de Patong, le tourisme culturel comme l’écotourisme deviendra au mieux un marché de niche dans l’industrie touristique de Phuket, mais cela peut être suffisant pour soutenir la renaissance et l’émancipation culturelles.
Les opportunités de spectacles culturels aident les groupes des communautés à renforcer l’identité du groupe, à établir un réseau de connexions et à apparaître comme des acteurs dynamiques au sein de l’industrie du tourisme.

Tandis que le tourisme offre des ressources économiques et un élan pour le renouveau culturel, il peut également s’ouvrir à la commercialisation. Ce que l’on peut raconter aux touristes peut manquer « d’authenticité », être loufoque ou absolument faux. Pour autant, c’est précisément le domaine complaisant des récits calibrés pour les touristes opposés aux récits soigneusement présentés officiellement qui alternent différentes versions, des plus sérieuses jusqu’à la réécriture fantaisiste de l’histoire, qui est appelée à prospérer.

Au niveau de la base, les communautés et les groupes culturels tendent à réagir au changement social et à la globalisation de deux manières différentes. La première consiste à intensifier l’ethnicité, ou la réethnification facilitée par les médias et la technologie du voyage et de l’internet. On en fait souvent l’expérience de manière subjective comme la découverte d’une identité, des origines et des racines. La seconde consiste à intensifier la pratique religieuse : la tendance populaire en faveur de l’islamisation et le succès du festival « Neufs Dieux Empereurs » en sont deux exemples flagrants parmi d’autres. Ce sont deux façons d’affirmer sa place au sein d’un plus grand regroupement social.

Le caractère arbitraire de la frontière thaï-malaise, résumée en une expression, « une péninsule, deux nationalités », a été l’objet de nombreuses études auparavant. Les communautés frontalières ont tendance à considérer les frontières comme une zone de lien plutôt que de division. Pour les Babas de Phuket et les Thaïs-musulmans, la tentative de réactivation des connexions transfrontalières avec leurs cousins perdus de vue est une façon d’affirmer leur identité du Sud et leurs affinités culturelles contre la vague d’homogénéisation thaïe.

Des groupes culturellement marginalisés luttent pour résoudre le conflit d’identité et font la promotion de l’ethnocentrisme communautaire, de sa mémoire sociale et de ses récits historiques. Leurs efforts peuvent être améliorés par les études érudites. Les chercheurs venant à la fois de Thaïlande et de Malaisie peuvent collaborer pour documenter les « communautés cousines » dans les régions frontalières et soutenir la survie culturelle de ces communautés tout en aidant les autorités à accepter la diversité culturelle parmi la population. Les approches culturelles pour construire la paix sont importantes pour établir un climat pacifique durable et le sens de l’appartenance aux communautés qui ont été trop longtemps marginalisées par l’État-nation.

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